Et Ursus répliquait:
—Dadais! est-ce que les âmes, pour se regarder, ont besoin des yeux?
Parfois Ursus était bon diable. Gwynplaine, par moments, éperdu de Dea jusqu’à en devenir sombre, se garait d’Ursus comme d’un témoin. Un jour Ursus lui dit:
—Bah! ne te gêne pas. En amour le coq se montre.
—Mais l’aigle se cache, répondit Gwynplaine. Dans d’autres instants, Ursus se disait en aparté:
—Il est sage de mettre des bâtons dans les roues du char de Cythérée. Ils s’aiment trop. Cela peut avoir des inconvénients. Obvions à l’incendie. Modérons ces cœurs.
Et Ursus avait recours à des avertissements de ce genre, parlant à Gwynplaine quand Dea dormait, et à Dea quand Gwynplaine avait le dos tourné:
—Dea, il ne faut pas trop t’attacher à Gwynplaine. Vivre dans un autre est périlleux. L’égoïsme est une bonne racine du bonheur. Les hommes, ça échappe aux femmes. Et puis, Gwynplaine peut finir par s’infatuer. Il a tant de succès! tu ne le figures pas le succès qu’il a!
—Gwynplaine, les disproportions ne valent rien. Trop de laideur d’un côté, trop de beauté de l’autre, cela doit donner à réfléchir. Tempère ton ardeur, mon boy. Ne t’enthousiasme pas trop de Dea. Te crois-tu sérieusement fait pour elle? Mais considère donc ta difformité et sa perfection. Vois la distance entre elle et toi. Elle a tout, cette Dea! quelle peau blanche, quels cheveux, des lèvres qui sont des fraises, et son pied! quant à sa main! Ses épaules sont d’une courbe exquise, le visage est sublime, elle marche, il sort d’elle de la lumière, et ce parler grave avec ce son de voix charmant! et avec tout cela songer que c’est une femme! elle n’est pas si sotte que d’être un ange. C’est la beauté absolue. Dis-toi tout cela pour te calmer.
De là des redoublements d’amour entre Dea et Gwynplaine, et Ursus s’étonnait de son insuccès, un peu comme quelqu’un qui dirait: