Cela viendrait toujours assez tôt.
D’ailleurs, mariés, ne l’étaient-ils point? Si l’indissoluble existait quelque part, n’était-ce pas dans cette cohésion, Gwynplaine et Dea? Chose admirable, ils étaient adorablement jetés dans les bras l’un de l’autre par le malheur. Et comme si ce n’était pas assez de ce premier lien, sur le malheur était venu se rattacher, s’enrouler et se serrer l’amour. Quelle force peut jamais rompre la chaîne de fer consolidée par le nœud de fleurs?
Certes, les inséparables étaient là.
Dea avait la beauté; Gwynplaine avait la lumière. Chacun apportait sa dot; et ils faisaient plus que le couple, ils faisaient la paire; séparés seulement par l’innocence, interposition sacrée.
Cependant Gwynplaine avait beau rêver et s’absorber le plus qu’il pouvait dans la contemplation de Dea et dans le for intérieur de son amour, il était homme. Les lois fatales ne s’éludent point. Il subissait, comme toute l’immense nature, les fermentations obscures voulues par le créateur. Cela parfois, quand il paraissait en public, lui faisait regarder les femmes qui étaient dans la foule; mais il détournait tout de suite ce regard en contravention, et il se hâtait de rentrer, repentant, dans son âme.
Ajoutons que l’encouragement manquait. Sur le visage de toutes les femmes qu’il regardait il voyait l’aversion, l’antipathie, la répugnance, le rejet. Il était clair qu’aucune autre que Dea n’était possible pour lui. Cela l’aidait à se repentir.
VIII
NON SEULEMENT LE BONHEUR, MAIS LA PROSPÉRITÉ
Que de choses vraies dans les contes! La brûlure du diable invisible qui vous touche, c’est le remords d’une mauvaise pensée.
Chez Gwynplaine, la mauvaise pensée ne parvenait point à éclore, et il n’y avait jamais de remords. Mais il y avait parfois regret.
Vagues brumes de la conscience.