Ursus avait pris ses arrangements avec le tavernier, maître Nicless, qui, vu le respect des lois, n’admit le loup qu’en payant plus cher. L’écriteau «GWYNPLAINE—L’HOMME QUI RIT», décroché de la Green-Box, avait été accroché près de l’enseigne de l’inn. La salle-cabaret avait, on le sait, une porte intérieure qui donnait sur la cour. A côté de cette porte fut improvisée, au moyen d’un tonneau éventré, une logette pour «la buraliste», qui était tantôt Fibi, tantôt Vinos. C’était à peu près comme aujourd’hui. Qui entre paie. Sous l’écriteau L’HOMME QUI RIT fut pendue à deux clous une planche peinte en blanc, portant, charbonné en grosses lettres, le titre de la grande pièce d’Ursus, Chaos vaincu.
Au centre du balcon, précisément en face de la Green-Box, un compartiment, qui avait pour entrée principale une porte-fenêtre, avait été réservé entre deux cloisons «pour la noblesse».
Il était assez large pour contenir, sur deux rangs, dix spectateurs.
—Nous sommes à Londres, avait dit Ursus. Il faut s’attendre à de la gentry.
Il avait fait meubler cette «loge» des meilleures chaises de l’inn, et placer au centre un grand fauteuil de velours d’Utrecht bouton d’or à dessins cerise pour le cas où quelque femme d’alderman viendrait.
Les représentations avaient commencé.
Tout de suite, la foule vint.
Mais le compartiment pour la noblesse resta vide.
A cela près, le succès fut tel que de mémoire de saltimbanque on n’en avait pas vu de pareil. Tout Southwark accourut en cohue admirer l’Homme qui Rit.
Les baladins et bateleurs de Tarrinzeau-field furent effarés de Gwynplaine. Un épervier s’abattant dans une cage de chardonnerets et leur becquetant leur mangeoire, tel fut l’effet. Gwynplaine leur dévora leur public.