Là où Satan tente Jésus, comment un homme lutterait-il?
Des palais, des châteaux, la puissance, l’opulence, toutes les félicités humaines à perte de vue autour de soi, une mappemonde des jouissances étalées à l’horizon, une sorte de géographie radieuse dont on est le centre; mirage périlleux.
Et qu’on se figure le trouble d’une telle vision pas amenée, sans échelons préalables franchis, sans précaution, sans transition.
Un homme qui s’est endormi dans un trou de taupe et qui se réveille sur la pointe du clocher de Strasbourg; c’était là Gwynplaine.
Le vertige est une espèce de lucidité formidable. Surtout celui qui, vous emportant à la fois vers le jour et vers la nuit, se compose de deux tournoiements en sens inverse.
On voit trop, et pas assez.
On voit tout, et rien.
On est ce que l’auteur de ce livre a appelé quelque part «l’aveugle ébloui».
Gwynplaine, resté seul, se mit à marcher à grands pas. Un bouillonnement précède l’explosion.
A travers cette agitation, dans cette impossibilité de se tenir en place, il méditait. Ce bouillonnement était une liquidation. Il faisait l’appel de ses souvenirs. Chose surprenante qu’on ait toujours si bien écouté ce qu’on croit à peine avoir entendu! la déclaration des naufragés lue par le shériff dans la cave de Southwark lui revenait parfaitement nette et intelligible; il s’en rappelait chaque mot; il revoyait dessous toute son enfance.