Ces ténèbres, il les comparait au songe qu’il avait fait.
Quel écroulement!
Gwynplaine venait d’arriver à ce bord sinistre, le vide. La Green-Box partie, c’était l’univers évanoui.
La fermeture de son âme venait de se faire.
Il songeait.
Qu’avait-il pu se passer? Où étaient-ils? On les avait enlevés évidemment. Sa destinée avait été sur lui Gwynplaine un coup, la grandeur, et sur eux un contre-coup, l’anéantissement. Il était clair qu’il ne les reverrait jamais. On avait pris des précautions pour cela. Et l’on avait fait en même temps main basse sur tout ce qui habitait le champ de foire, à commencer par Nicless et Govicum, afin qu’aucun renseignement ne pût lui être donné. Dispersion inexorable. Cette redoutable force sociale, en même temps qu’elle le pulvérisait, lui, à la chambre des lords, les avait broyés, eux, dans leur pauvre cabane. Ils étaient perdus. Dea était perdue. Perdue pour lui. A jamais. Puissances du ciel! où était-elle? Et il n’avait pas été là pour la défendre!
Faire des conjectures sur des absents qu’on aime, c’est se mettre à la question. Il s’infligeait cette torture. A chaque coin qu’il s’enfonçait, à chaque supposition qu’il faisait, il avait un sombre rugissement intérieur.
A travers une succession d’idées poignantes, il se souvenait de l’homme évidemment funeste qui lui avait dit se nommer Barkilphedro. Cet homme lui avait écrit dans le cerveau quelque chose d’obscur qui à présent reparaissait, et cela avait été écrit d’une encre si horrible que c’était maintenant des lettres de feu, et Gwynplaine voyait flamboyer au fond de sa pensée ces paroles énigmatiques, aujourd’hui expliquées: Le destin n’ouvre pas une porte sans en fermer une autre.
Tout était consommé. Les dernières ombres étaient sur lui. Tout homme peut avoir dans sa destinée une fin du monde pour lui seul. Cela s’appelle le désespoir. L’âme est pleine d’étoiles tombantes.
Voilà donc où il en était!