Et plus loin, Campistron, ne sachant comment faire revenir Phocion mourant sur la scène, s'avise de lui faire demander une entrevue au tyran. Le tyran, très surpris, accorde par pur motif de curiosité; mais, comme ce ne serait pas le compte de l'auteur de mettre en tête-à-tête deux personnages qui n'ont réellement rien à se dire, au moment d'entretenir Phocion, on vient chercher le tyran pour une révolte. Celui-ci, comme de raison, oublie de donner contre-ordre pour l'entrevue. Phocion arrive, et, ne trouvant pas le tyran, il cherche dans sa tête quelle raison peut lui avoir fait quitter la scène, et il n'en trouve pas de meilleure, sinon que c'est qu'il lui fait peur, et il ajoute, avec une bonhomie tout à fait comique:
Sans armes et mourant je le force à me craindre.
Que le sort d'un tyran, justes dieux! est à plaindre!
Et plus loin encore, Phocion mourant, qui se promène durant tout le cinquième acte au milieu de la sédition, se rencontre avec sa fille Chrysis, et il s'occupe, en bon père, à lui chercher un mari. Le passage est réellement curieux. Savez-vous sur qui son choix s'arrête? Sur le fils du tyran. Il semble, comme dit le proverbe, qu'il n'y a qu'à se baisser et en prendre.
Et voulant, en mourant, vous choisir un époux,
Je ne trouve que lui qui soit digne de vous.
La réponse de la fille est peut-être encore plus singulière:
Qu'entends-je! ô ciel! seigneur, m'en croyez-vous capable?
Je ne vous cèle point qu'il me paraît aimable.
C'est cette même Chrysis qui, voyant mourir son père et son amant, trop bien élevée pour les suivre, s'écrie avec une naïveté si touchante:
O fortune contraire,
J'ose, après de tels coups, défier ta colère!
Elle s'en va, et la toile tombe. En pareil cas Corneille est sublime, il fait dire à Eurydice:
Non, je ne pleure pas, madame, mais je meurs.