«Cette image «chasseurs et gibier» est celle qui vient tout d'abord à l'esprit de ceux qui ont vu cette chose épouvantable. Nous retrouvons l'image dans les paroles d'un autre témoin:

«… On voyait les gendarmes mobiles dans le bout de ma rue, et je sais qu'il en était de même dans le voisinage, tenant leurs fusils et se tenant eux-mêmes dans la position du chasseur qui attend le départ du gibier, c'est-à-dire le fusil près de l'épaule pour être plus prompt à ajuster et tirer.»

«Aussi, pour prodiguer les premiers soins aux blessés tombés dans la rue Montmartre près des portes, voyait-on de distance en distance les portes s'ouvrir, un bras s'allonger et retirer avec précipitation le cadavre ou le moribond que les balles lui disputaient encore.»

«Un autre témoin rencontre encore la même image:

«Les soldats embusqués au coin des rues attendaient les citoyens au passage comme des chasseurs guettent leur gibier, et, à mesure qu'ils les voyaient engagés dans la rue, ils tiraient sur eux comme sur une cible. De nombreux citoyens ont été tués de cette manière, rue du Sentier, rue Rougemont et rue du Faubourg-Poissonnière.

* * * * *

«Partez, disaient les officiers aux citoyens inoffensifs qui leur demandaient protection. À cette parole ceux-ci s'éloignaient bien vite et avec confiance; mais ce n'était là qu'un mot d'ordre qui signifiait: mort, et, en effet, à peine avaient-ils fait quelques pas qu'ils tombaient à la renverse.»

«Au moment où le feu commençait sur les boulevards, dit un autre témoin, un libraire voisin de la maison des tapis s'empressait de fermer sa devanture, lorsque des fuyards cherchant à entrer sont soupçonnés par la troupe ou la gendarmerie mobile, je ne sais laquelle, d'avoir fait feu sur elles. La troupe pénètre dans la maison du libraire. Le libraire veut faire des observations; il est seul amené devant sa porte, et sa femme et sa fille n'ont que le temps de se jeter entre lui et les soldats qu'il tombait mort. La femme avait la cuisse traversée et la fille était sauvée par le busc de son corset. La femme, m'a-t-on dit, est devenue folle depuis.»

«Un autre témoin dit:

«… Les soldats pénétrèrent dans les deux librairies qui sont entre la maison du Prophète et celle de M. Sallandrouze. Les meurtres commis sont avérés. On a égorgé les deux libraires sur le trottoir. Les autres prisonniers le furent dans les magasins.»