—Va! va! grommelait Gudule, fouille ton amulette du démon!

Tout à coup elle s’interrompit, trembla de tout son corps, et cria avec une voix qui venait du plus profond des entrailles:—Ma fille!

L’égyptienne venait de tirer du sachet un petit soulier absolument pareil à l’autre. A ce petit soulier était attaché un parchemin sur lequel ce carme était écrit:

Quand le pareil retrouveras,
Ta mère te tendra les bras.

En moins de temps qu’il n’en faut à l’éclair, la recluse avait confronté les deux souliers, lu l’inscription du parchemin, et collé aux barreaux de la lucarne son visage rayonnant d’une joie céleste en criant:

—Ma fille! ma fille!

—Ma mère! répondit l’égyptienne.

Ici nous renonçons à peindre.

Le mur et les barreaux de fer étaient entre elles deux.—Oh! le mur! cria la recluse. Oh! la voir et ne pas l’embrasser! Ta main! ta main!

La jeune fille lui passa son bras à travers la lucarne, la recluse se jeta sur cette main, y attacha ses lèvres, et y demeura, abîmée dans ce baiser, ne donnant plus d’autre signe de vie qu’un sanglot qui soulevait ses hanches de temps en temps. Cependant elle pleurait à torrents, en silence, dans l’ombre, comme une pluie de nuit. La pauvre mère vidait par flots sur cette main adorée le noir et profond puits de larmes qui était au dedans d’elle, et où toute sa douleur avait filtré goutte à goutte depuis quinze années.