—Hé! hé! s’écria-t-il avec un rire qui déchaussait toutes ses dents et faisait ressembler sa figure au museau d’un loup, deux souris dans la souricière!

—Je m’en doutais, dit le soldat.

Tristan lui frappa sur l’épaule:—Tu es un bon chat!—Allons, ajouta-t-il, où est Henriet Cousin?

Un homme qui n’avait ni le vêtement ni la mine des soldats sortit de leurs rangs. Il portait un costume mi-parti gris et brun, les cheveux plats, des manches de cuir, et un paquet de cordes à sa grosse main. Cet homme accompagnait toujours Tristan qui accompagnait toujours Louis XI.

—L’ami, dit Tristan l’Hermite, je présume que voilà la sorcière que nous cherchions. Tu vas me pendre cela. As-tu ton échelle?

—Il y en a une là, sous le hangar de la Maison-aux-Piliers, répondit l’homme. Est-ce à cette justice-là que nous ferons la chose? poursuivit-il en montrant le gibet de pierre.

—Oui.

—Ho hé! reprit l’homme avec un gros rire plus bestial encore que celui du prévôt, nous n’aurons pas beaucoup de chemin à faire.

—Dépêche! dit Tristan. Tu riras après.

Cependant, depuis que Tristan avait vu sa fille et que tout espoir était perdu, la recluse n’avait pas encore dit une parole. Elle avait jeté la pauvre égyptienne à demi morte dans le coin du caveau, et s’était replacée à la lucarne, ses deux mains appuyées à l’angle de l’entablement comme deux griffes. Dans cette attitude, on la voyait promener intrépidement sur tous ces soldats son regard, qui était redevenu fauve et insensé. Au moment où Henriet Cousin s’approcha de la loge, elle lui fit une figure tellement sauvage qu’il recula.