—Phœbus, reprit l’égyptienne, laissez-moi vous parler. Marchez donc un peu que je vous voie tout grand et que j’entende sonner vos éperons. Comme vous êtes beau!

Le capitaine se leva pour lui complaire, en la grondant avec un sourire de satisfaction:—Mais êtes-vous enfant!—A propos, charmante, m’avez-vous vu en hoqueton de cérémonie?

—Hélas? non, répondit-elle.

—C’est cela qui est beau!

Phœbus vint se rasseoir près d’elle, mais beaucoup plus près qu’auparavant.

—Écoutez, ma chère...

L’égyptienne lui donna quelques petits coups de sa jolie main sur la bouche avec un enfantillage plein de folie, de grâce et de gaieté.—Non, non, je ne vous écouterai pas. M’aimez-vous? Je veux que vous me disiez si vous m’aimez.

—Si je t’aime, ange de ma vie! s’écria le capitaine en s’agenouillant à demi. Mon corps, mon sang, mon âme, tout est à toi, tout est pour toi. Je t’aime, et n’ai jamais aimé que toi.

Le capitaine avait tant de fois répété cette phrase, en mainte conjoncture pareille, qu’il la débita tout d’une haleine, sans faire une seule faute de mémoire. A cette déclaration passionnée, l’égyptienne leva au sale plafond qui tenait lieu de ciel un regard plein d’un bonheur angélique.—Oh! murmura-t-elle, voilà le moment où l’on devrait mourir!

Phœbus trouva «le moment» bon pour lui dérober un nouveau baiser qui alla torturer dans son coin le misérable archidiacre.