En parlant ainsi, il désignait de la main la petite chèvre, qui, voyant gesticuler Charmolue, avait cru en effet qu'il était à propos d'en faire autant, et s'était assise sur le derrière, reproduisant de son mieux, avec ses pattes de devant et sa tête barbue, la pantomime pathétique du procureur du roi en cour d'église. C'était, si l'on s'en souvient, un de ses plus gentils talents. Cet incident, cette dernière preuve, fit grand effet. On lia les pattes à la chèvre, et le procureur du roi reprit le fil de son éloquence.
Cela fut très long, mais la péroraison était admirable. En voici la dernière phrase; qu'on y ajoute la voix enrouée et le geste essoufflé de maître Charmolue:
«Ideo, Domni, coram stryga demonstrata, crimine patente, intentione criminis existente, in nomine sanctæ ecclesiæ Nostræ-Dominæ Parisiensis, quæ est in saisina habendi omnimodam altam et bassam justitiam in illa hac intemerata Civitatis insula, tenore præsentium declaramus nos requirere, primo, aliquandam pecuniarium indemnitatem; secundo, amendationem honorabilem ante portalium maximum Nostræ-Dominæ, ecclesia cathedralis; tertio, sententiam in virtute cujus ista stryga cum sua capella, seu in trivio vulgariter dicto la Grève, seu in insula exeunte in fluvio Sequanæ, juxta pointam jardini regalis, executatæ sint[105]!»
Il remit son bonnet, et se rassit.
«Eheu! soupira Gringoire navré, bassa latinitas[106]!»
Un autre homme en robe noire se leva près de l'accusée. C'était son avocat. Les juges, à jeun, commencèrent à murmurer.
«Avocat, soyez bref, dit le président.
—Monsieur le président, répondit l'avocat, puisque la défenderesse a confessé le crime, je n'ai plus qu'un mot à dire à messieurs. Voici un texte de la loi salique: «Si une stryge a mangé un homme, et qu'elle en soit convaincue, elle paiera une amende de huit mille deniers, qui font deux cents sous d'or.» Plaise à la chambre condamner ma cliente à l'amende.
—Texte abrogé, dit l'avocat du roi extraordinaire.
—Nego[107], répliqua l'avocat.