— Êtes-vous allé le voir?

— Non.

— Irez-vous?

— Non.

— Pourquoi?

— Parce qu'il n'existe pas.

— Mais si, par hasard, il existait?

— Il ne peut exister.

Ce qu'on appelait en 1827 «l'homme fossile», n'était en effet qu'un grès bizarrement contourné en forme humaine. Cuvier semblait avoir raison. Il avait tort. L'homme fossile existe. Trente-six ans après ma conversation avec Cuvier, en 1863, dans la carrière du Moulin-Quignon, près Abbeville, à trente mètres au-dessus du niveau de la mer, sur un plateau qui domine la vallée de la Somme, de l'épaisseur d'un banc de sable noir argileux du diluvium inférieur, reposant immédiatement sur la craie blanche, à quatre mètres trente-deux centimètres de la surface du sol, tout près de la craie, on a extrait un os fossile de mâchoire humaine portant encore une dent, obliquement implantée d'avant en arrière, ce qui caractérise le prognatisme des races inférieures, et ce qui fait à la Genèse le déplaisir de confirmer l'hypothèse de plusieurs Adams. L'homme fossile est aujourd'hui sorti de l'ombre, quoique cela lui fût défendu par l'autorité compétente. Le déluge a eu la fantaisie d'être désagréable à M. Cuvier, conseiller d'État. Je plains les affirmateurs contre l'inconnu. Il leur arrive de ces aventures.