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1869.

Le despotisme est un crime long.

Promontorium Somnii

I

Ce promontoire du Songe! il est dans Shakespeare. Il est dans tous les grands poëtes.

Dans le monde mystérieux de l'art, il y a la cime du rêve. A cette cime du rêve est appuyée l'échelle de Jacob. Jacob couché au pied de l'échelle, c'est le poëte, ce dormeur qui a les yeux de l'âme ouverts. En haut, ce firmament, c'est l'idéal. Les formes blanches ou ténébreuses, ailées ou comme enlevées par une étoile qu'elles ont au front, qui gravissent l'échelle, ce sont les propres créations du poëte qu'il voit dans la pénombre de son cerveau faisant leur ascension vers la lumière.

Cette cime du rêve est un des sommets qui dominent l'horizon de l'art. Toute une poésie singulière et spéciale en découle. D'un côté le fantastique ; de l'autre le fantasque, qui n'est autre chose que le fantastique riant. C'est de cette cime que s'envolent les océanides d'Eschyle, les chérubins de Jérémie, les ménades d'Horace, les larves de Dante, les andryades de Cervantes, les démons de Milton et les matassins de Molière.

Ce promontoire du Songe quelquefois submerge de son ombre tout un génie, Apulée jadis, Hoffmann de nos jours. Il emplit une œuvre entière, et alors cela est redoutable, c'est l'Apocalypse. Les vertiges habitent cette hauteur. Elle a un précipice, la folie. Un des versants est farouche, l'autre est radieux. Sur l'un est Jean de Patmos, sur l'autre Rabelais. Car il y a la tragédie rêve et il y a la comédie songe.

Melpomène, aux sourcils rapprochés, a beau pleurer et rugir sur les rois ; Thalie, grâce autant que muse, a beau bafouer le peuple ; elles ont beau, l'une et l'autre, sembler humaines et être humaines : la clarté du surhumain apparaît dans les yeux stellaires de ces deux masques.