Un moment après, il avait disparu sous les arbres.

Le marquis se leva, et s'en alla du côté que lui avait indiqué Tellmarch.

C'était l'heure charmante que la vieille langue paysanne normande appelle la «piperette du jour». On entendait jaser les cardrounettes et les moineaux de haie. Le marquis suivit le sentier par où ils étaient venus la veille. Il sortit du fourré et se retrouva à l'embranchement de routes marqué par la crois de pierre. L'affiche y était, blanche et comme gaie au soleil levant. Il se rappela qu'il y avait au bas de l'affiche quelque chose qu'il n'avait pu lire la veille à cause de la finesse des lettres et du peu de jour qu'il faisait. Il alla au piédestal de la croix. L'affiche se terminait en effet, au-dessous de la signature PRIEUR DE LA MARNE, par ces deux lignes en petits caractères:

«L'identité du ci-devant marquis de Lantenac constatée, il sera immédiatement passé par les armes.—Signé: Le chef de bataillon, commandant la colonne d'expédition, GAUVAIN.»

—Gauvain! dit le marquis.

Il s'arrêta profondément pensif, l'oeil fixé sur l'affiche.

—Gauvain! répéta-t-il.

Il se remit en marche, se retourna, regarda la croix, revint sur ses pas, et lut l'affiche encore une fois.

Puis il s'éloigna à pas lents. Quelqu'un qui eût été près de lui l'eût entendu murmurer à demi-voix: «Gauvain!»

Du fond des chemins creux où il se glissait, on ne voyait pas les toits de la métairie qu'il avait laissée à sa gauche. Il côtoyait une éminence abrupte, toute couverte d'ajoncs en fleur, de l'espèce dite longue-épine. Cette éminence avait pour sommet une de ces pointes de terre qu'on appelle dans le pays une «hure». Au pied de l'éminence, le regard se perdait tout de suite sous les arbres. Les feuillages étaient comme trempés de lumière. Toute la nature avait la joie profonde du matin.