Tellmarch descendit du coteau.
Une énigme funèbre était devant lui. Il s'en approchait sans hâte et l'il fixe. Il avançait vers cette ruine avec une lenteur d'ombre; il se sentait fantôme dans cette tombe.
Il arriva à ce qui avait été la porte de la métairie, et il regarda dans la cour qui, maintenant, n'avait plus de murailles et se confondait avec le hameau groupé autour d'elle.
Ce qu'il avait, vu n'était rien. Il n'avait encore aperçu que le terrible.
L'horrible lui apparut.
Au milieu de la cour il y avait un monceau noir, vaguement modelé d'un côté par la flamme, de l'autre par la lune; ce monceau était un tas d'hommes, ces hommes étaient morts.
Il y avait autour de ce tas une grande mare qui fumait un peu; l'incendie se reflétait dans cette mare, mais elle n'avait pas besoin du feu pour être rouge; c'était du sang.
Tellmarch s'approcha. Il se mit à examiner, l'un après l'autre, ces corps gisants: tous étaient des cadavres.
La lune éclairait, l'incendie aussi.
Ces cadavres étaient des soldats. Tous étaient pieds nus; on leur avait pris leurs souliers; ou leur avait aussi pris leurs armes; ils avaient encore leurs uniformes qui étaient bleus; çà et là on distinguait, dans l'amoncellement des membres et des têtes, du chapeaux troués avec des cocardes tricolores. C'étaient des républicains. C'étaient ces Parisiens qui, la veille encore, étaient là tous vivants, et tenaient garnison dans la ferme d'Herbe-en-Pail. Ces hommes avaient été suppliciés, ce qu'indiquait la chute symétrique des corps; ils avaient été foudroyés sur place, et avec soin. Ils étaient tous morts. Pas un râle ne sortait du tas.
Tellmarch passa cette revue des cadavres, sans en omettre un seul; tous étaient criblés de balles.