Tellmarch fit de la tête signe que oui.

—L'autre femme est-elle vivante? demanda l'autre paysan.

Tellmarch fit signe que non.

Le paysan qui s'était montré le premier reprit:

—Tous les autres sont morts, n'est-ce pas? J'ai vu cela. J'étais dans ma cave. Comme on remercie Dieu dans ces moments-là de n'avoir pas de famille! Ma maison brûlait. Seigneur Jésus! on a tout tué. Cette femme-ci avait des enfants. Trois enfants. Tout petits! Les enfants criaient: Mère! La mère criait: Mes enfants! On a tué la mère et on a emmené les enfants. J'ai vu cela, mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu! Ceux qui ont tout massacré sont partis. Ils étaient contents. Ils out emmené les petits et tué la mère. Mais elle n'est pas morte, n'est-ce pas, elle n'est pas morte? Dis donc, le caimand, est-ce que tu crois que tu pourrais la sauver? Veux-tu que nous t'aidions à la porter dans ton carnichot?

Tellmarch fit signe que oui.

Le bois touchait à la ferme. Ils eurent vite fait un brancard avec des feuillages et des fougères. Ils placèrent sur le brancard la femme toujours immobile, et se mirent en marche dans le hallier, les deux paysans portant le brancard l'un à la tète, l'autre aux pieds, Tellmarch soutenant le bras de la femme, et lui tâtant le pouls.

Tout en cheminant, les deux paysans causaient, et, par-dessus la femme sanglante dont la lune éclairait la face pâle, ils échangeaient des exclamations effarées.

—Tout tuer!

—Tout brûler!