—De quel parti es-tu?

—Je ne sais pas.

—Es-tu des bleus? Es-tu des blancs? Avec qui es-tu?

—Je suis avec mes enfants.

Il y eut une pause. La vivandière dit:

—Moi, je n'ai pas eu d'enfants. Je n'ai pas eu le temps.
Le sergent recommença.

—Mais tes parents! Voyons, madame, mets-nous au fait de tes parents. Moi, je m'appelle Radoub, je suis sergent, je suis de la rue du Cherche-Midi, mon père et ma mère en étaient, je peux parler de mes parents. Parle-nous des tiens. Dis-nous ce que c'était que tes parents.

—C'étaient les Fléchard. Voilà tout.

—Oui, les Fléchard sont les Fléchard, comme les Radoub sont les Radoub.
Mais on a un état. Quel était l'état de tes parents? Qu'est-ce qu'ils
faisaient? Qu'est-ce qu'ils font? Qu'est-ce qu'ils fléchardaient, tes
Fléchard?

—C'étaient des laboureurs. Mon père était infirme et ne pouvait travailler à cause qu'il avait reçu des coups de bâton que le seigneur, son seigneur, notre seigneur, lui avait fait donner, ce qui était une bonté, parce que mon père avait pris un lapin, pour le fait de quoi on était jugé à mort; mais le seigneur avait fait grâce, et avait dit: Donnez-lui seulement cent coups de bâton; et mon père était demeuré estropié.