Robespierre regarda Marat et repartit tranquillement:

—Trêve aux généralités. Je précise. Voici des faits.

—Pédant! grommela Marat.

Robespierre posa la main sur les papiers étalés devant lui et continua:

—Je viens de vous lire les dépêches de Prieur de la Marne. Je viens de vous communiquer les renseignements donnés par ce Gélambre. Danton, écoutez, la guerre étrangère n'est rien, la guerre civile est tout. La guerre étrangère, c'est une écorchure qu'on a au coude; la guerre civile, C'est l'ulcère qui vous mange le foie. De tout ce que je viens de vous lire, il résulte ceci: la Vendée, jusqu'à ce jour éparse entre plusieurs chefs, est au moment de se concentrer. Elle va désormais avoir un capitaine unique…

—Un brigand central, murmura Danton.

—C'est, poursuivit Robespierre, l'homme débarqué près de Pontorson le 2 juin. Vous avez vu ce qu'il est. Remarquez que ce débarquement coïncide avec l'arrestation des représentants en mission, Prieur de la Côte-d'Or et Romme à Bayeux, par ce district traître du Calvados, le 2 juin, le même jour.

—Et leur translation au château de Caen, dit Danton. Robespierre reprit:

—Je continue de résumer les dépêches. La guerre de forêt s'organise sur une vaste échelle. En même temps une descente anglaise se prépare; vendéens et anglais, c'est Bretagne avec Bretagne. Les hurons du Finistère parlent la même langue que les topinambous de Cornouailles. J'ai mis sous vos yeux une lettre interceptée de Puisaye où il est dit que «vingt mille habits rouges distribués aux insurgés en feront lever cent mille». Quand l'insurrection paysanne sera complète, la descente anglaise se fera. Voici le plan. Suivez-le sur la carte.

Robespierre posa le doigt sur la carte, et poursuivi: