—La dictature, touchez-y!
Marat vit le froncement de sourcil de Danton.
—Tenez, reprit-il. Un dernier effort. Mettons-nous d'accord. La situation en vaut la peine. Ne nous sommes-nous déjà pas mis d'accord pour la journée du 31 mai? La question d'ensemble est plus grave encore que le girondinisme qui est une question de détail. Il y a du vrai dans ce que vous dites; mais le vrai, tout le vrai, le vrai vrai, c'est ce que je dis. Au midi, le fédéralisme; à l'ouest, le royalisme; à Paris, le duel de la Convention et de la Commune; aux frontières, la reculade de Custine et la trahison de Dumouriez. Qu'est-ce que tout cela? Le démembrement. Que nous faut-il? L'unité. Là est le salut. Mais hâtons-nous. Il faut que Paris prenne le gouvernement de la révolution. Si nous perdons une heure demain les vendéens peuvent être à Orléans les prussiens à Paris. Je vous accorde ceci, Danton, je vous concède cela, Robespierre. Soit. Eh bien, la conclusion, c'est la dictature. A nous trois nous représentons la révolution. Nous sommes les trois têtes de Cerbère. De ces trois tètes, l'une parle, c'est vous, Robespierre; l'autre rugit, vous, Danton….
—L'autre mord, dit Danton, c'est vous, Marat.
—Toutes trois mordent, dit Robespierre.
Il y eut un silence. Puis le dialogue, plein de secousses sombres, recommença.
—Ecoutez, Marat, avant de s'épouser, il faut se connaître. Comment avez-vous su le mot que j'ai dit hier à Saint-Just?
—Ceci me regarde, Robespierre.
—Marat!
—C'est mon devoir de m'éclairer, et c'est mon affaire de me renseigner.