—De quoi je me mêle? De ceci. Qu'il ne faut pas de fratricide; qu'il ne faut pas de lutte entre deux hommes qui servent le peuple; que c'est assez de la guerre étrangère, que c'est assez de la guerre civile, et que ce serait trop de la guerre domestique; que c'est moi qui ai fait la révolution, et que je ne veux pas qu'on la défasse. Voilà de quoi je me mêle.

Marat répondit sans élever la voix.

—Mêlez-vous de rendre vos comptes.

—Mes comptes! cria Danton. Allez les demander aux défilés de l'Argonne, à la Champagne délivrée, à la Belgique conquise, aux armées où j'ai été quatre fois déjà offrir ma poitrine à la mitraille! allez les demander à la place de la Révolution, à l'échafaud du 21 janvier, au trône jeté à terre, à la guillotine, cette veuve…

Marat interrompit Danton.

—La guillotine est une vierge; on se couche sur elle, on ne la féconde pas.

—Qu'en savez-vous? répliqua Danton, je la féconderais, moi!

—Nous verrons, dit Marat.

Et il sourit.

Danton vit ce sourire.