Il se retourna, et éclaira de sa lanterne une autre affiche placée en regard de la première sur l'autre battant de la porte. Le voyageur lut:

«—Gauvain prévient Lantenac que s'il le prend il le fera fusiller.»

—Hier, dit l'hôte, le premier placard a été collé sur ma porte, et ce matin le second. La réplique ne s'est pas fait attendre.

Le voyageur, à demi-voix, et comme se parlant à lui-même, prononça ces quelques mots, que l'aubergiste entendit sans trop les comprendre:

—Oui, c'est plus que la guerre dans la patrie, c'est la guerre dans la famille. Il le faut, et c'est bien. Les grands rajeunissements des peuples sont à ce prix.

Et le voyageur portant la main à son chapeau, l'il fixé sur la deuxième affiche, la salua.

L'hôte continua:

—Voyez-vous, citoyen, voici l'affaire. Dans les villes et dans les gros bourgs nous sommes pour la révolution, dans la campagne ils sont contre; autant dire dans les villes on est français et dans les villages on est breton. C'est une guerre de bourgeois à pays. Ils nous appellent patauds, nous les appelons rustauds. Les nobles et les prêtres sont avec eux.

—Pas tous, interrompit le cavalier.

—Sans doute, citoyen, puisque nous avons ici un vicomte contre un marquis.