—Eh bien, citoyen, pour les paysans, c'est cette guerre-là qui recommence. Il va sans dire que pour eux saint Michel, c'est le général royaliste, et Belzébuth, c'est le commandant patriote; mais s'il y a un diable, c'est bien Lantenac, et s'il y a un ange, c'est Gauvain. Vous ne prenez rien, citoyen?
—J'ai ma gourde et un morceau de pain. Mais vous ne me dites pas ce qui se passe à Dol.
—Voici. Gauvain commande la colonne d'expédition de la côte. Le but de Lantenac était d'insurger tout, d'appuyer la Basse-Bretagne sur la Basse-Normandie, d'ouvrir la porte à Pitt, et de donner un coup d'épaule à la grande armée vendéenne avec vingt mille Anglais et deux cent mille Paysans. Gauvain a coupé court à ce plan. Il tient la côte, et il repousse Lantenac dans l'intérieur et les Anglais dans la mer. Lantenac était ici, et il l'en a délogé; il lui a repris le Pont-au-Beau; il l'a chassé d'Avranches, il l'a chassé de Villedieu, il l'a empêché d'arriver à Granville. Il manuvre pour le refouler dans la forêt de Fougères, et l'y cerner. Tout allait bien. Le vieux, qui est habile, a fait une pointe; on apprend qu'il a marché sur Dol. S'il prend Dol, et s'il établit sur le Mont-Dol une batterie, car il a du canon, voilà un point de la côte où les anglais peuvent aborder, et tout est perdu. C'est pourquoi, comme il n'y avait pas une minute à perdre. Gauvain, que est un home de tête, n'a pris conseil de lui-même, n'a pas demandé d'ordre et n'en a pas attendu, a sonné le boute-selle, attelé son artillerie, ramassé sa troupe, tiré son sabre, et voilà comment, pendant que Lantenac se jette sur Dol, Gauvain se jette sur Lantenac. C'est à Dol que ces deux fronts bretons vont se cogner. Ce sera un fier choc. Ils y sont maintenant.
—Combien de temps faut-il pour aller à Dol?
—A une troupe qui a des chariots, au moins trois heures; mais ils y sont.
Le voyageur prêta l'oreille et dit:
—En effet, il me semble que j'entends le canon.
L'hôte écouta.
—Oui, citoyen. Et la fusillade. On déchire de la toile. Vous devriez passer la nuit ici. Il n'y a rien de bon à attraper par là.
—Je ne puis m'arrêter. Je dois continuer ma route.