Et il se tourna vers les soldats.
—Camarades, un gros vieux arbre creux et mort où un homme peut se fourrer comme dans une gaîne, ces sauvages appellent ça une émousse. Qu'est-ce que vous voulez? Ils ne sont pas forcés d'être de Paris.
—Coucher dans le creux d'un arbre! dit la vivandière, et avec trois enfants!
—Et, reprit le sergent, quand les petits gueulaient, pour les gens qui passaient et qui ne voyaient rien du tout, ça devait être drôle d'entendre un arbre crier papa, maman!
—Heureusement, c'est l'été, soupira la femme.
Elle regardait la terre, résignée, ayant dans les yeux l'étonnement des catastrophes.
Les soldats silencieux faisaient cercle autour de cette misère.
Une veuve, trois orphelins, la fuite, l'abandon, la solitude, la guerre grondant tout autour de l'horizon, la faim, la soif, pas d'autre nourriture que l'herbe, pas d'autre toit que le ciel.
Le sergent s'approcha de la femme et fixa ses yeux sur l'enfant qui tétait. La petite quitta le sein, tourna doucement la tête, regarda avec ses belles prunelles bleues l'effrayante face velue, hérissée et fauve qui se penchait sur elle, et se mit à sourire.
Le sergent se redressa, et l'on vit une grosse larme rouler sur sa joue et s'arrêter au bout de sa moustache comme une perle.