—Mon maître, je ne suis pas un homme politique.

—Tâche de ne pas être un homme dangereux. Pourquoi, à l'attaque du poste de Cossé, quand le rebelle Jean Treton, acculé et perdu, s'est rué seul, le sabre au poing, contre toute ta colonne, as-tu crié: Ouvrez les rangs. Laissez passer?

—Parce qu'on ne se met pas à quinze cents pour tuer un homme.

—Pourquoi, à la Cailleterie d'Astillé, quand tu as vu que tes soldats allaient tuer le Vendéen Joseph Bézier, qui était blessé et qui se traînait, as-tu crié: Allez en avant! J'en fais mon affaire! et as-tu tiré ton coup de pistolet en l'air?

—Parce qu'on ne tue pas un homme à terre.

—Et tu as eu tort. Tous deux sont aujourd'hui chefs de bande; Joseph Bézier, c'est Moustache, et Jean Treton, c'est Jambe-d'Argent. En sauvant ces deux hommes, tu as donné deux ennemis à la république.

—Certes, je voudrais lui faire des amis, et non lui donner des ennemis.

—Pourquoi, après la victoire de Landéan, n'as-tu pas fait fusiller tes trois cents paysans prisonniers?

—Parce que, Bonchamp ayant fait grâce aux prisonniers républicains, j'ai voulu qu'il fût dit que la république faisait grâce aux prisonniers royalistes.

—Mais alors, si tu prends Lantenac, tu lui feras grâce?