Cette réplique fit songer Cimourdain. Il releva la tête et dit:
—Ces lions-là sont des consciences. Ces lions-là sont des idées. Ces lions-là sont des principes.
—Ils font la terreur.
—Un jour, la révolution sera la justification de la terreur.
—Craignez que la terreur ne soit la calomnie de la révolution.
Et Gauvain reprit:
—Liberté, Egalité, Fraternité, ce sont des dogmes de paix et d'harmonie. Pourquoi leur donner un aspect effrayant? Que voulons-nous? conquérir les peuples à la république universelle. Eh bien, ne leur faisons pas peur. A quoi bon l'intimidation? Pas plus que les oiseaux, les peuples ne sont attirés par l'épouvantail. Il ne faut pas faire le mal pour faire le bien. On ne renverse pas le trône pour laisser l'échafaud debout. Mort aux rois, et vie aux nations. Abattons les couronnes, épargnons les têtes. La révolution, c'est la concorde, et non l'effroi. Les idées douces sont mal servies par les hommes incléments. Amnistie est pour moi le plus beau mot de la langue humaine. Je ne veux verser de sang qu'en risquant le mien. Du reste je ne sais que combattre, et je ne suis qu'un soldat. Mais si l'on ne peut pardonner, cela ne vaut pas la peine de vaincre. Soyons pendant la bataille les ennemis de nos ennemis, et après la victoire leurs frères.
—Prends garde! répéta Cimourdain pour la troisième fois. Gauvain, tu es pour moi plus que mon fils, prends garde!
Et il ajouta, pensif:
—Dans des temps comme les nôtres, la pitié peut être une des formes de la trahison.