En bas la boucherie devant la retirade était de plus en plus horrible. Dans une intermittence, entre deux décharges, Cimourdain éleva la voix:

—Assiégés! cria-t-il. Pourquoi faire couler le sang plus longtemps? Vous êtes pris. Rendez-vous. Songez que nous sommes quatre mille cinq cents contre dix-neuf, c'est-à-dire plus de deux cents contre un. Rendez-vous.

—Cessons ce marivaudage, répondit le marquis de Lantenac.

Et vingt balles ripostèrent à Cimourdain.

La retirade ne montait pas jusqu'à la voûte; cela permettait aux assiégés de tirer par-dessus, mais cela permettait aux assiégeants de l'escalader.

—L'assaut à la retirade! cria Gauvain. Y a-t-il quelqu'un de bonne volonté pour escalader la retirade?

—Moi, dit le sergent Radoub.

X. RADOUB

Ici les assaillants eurent une stupeur. Radoub était entré par le trou de brèche, à la tête de la colonne d'attaque, lui sixième, et sur ces six hommes du bataillon parisien, quatre étaient déjà tombés. Après qu'il eut jeté ce cri: Moi! on le vit, non avancer, mais reculer, et, baissé, courbé, rampant presque entre les jambes des combattants, regagner l'ouverture de la brèche, et sortir. Etait-ce une fuite? Un tel homme fuir? Qu'est-ce que cela voulait dire?

Arrivé hors de la brèche, Radoub, encore aveuglé par la fumée, se frotta les yeux comme pour en ôter l'horreur et la nuit, et, à la lueur des étoiles, regarda la muraille de la tour. Il fit ce signe de tête satisfait qui veut dire: Je ne m'étais pas trompé.