—Pourvu qu'il soit bon, dit La Vieuville.

—C'est-à-dire féroce, dit Boisberthelot.

Le comte et le chevalier se regardèrent.

—Monsieur du Boisberthelot, vous avez dit le mot. Féroce. Oui, c'est là ce qu'il nous faut. Ceci est la guerre sans miséricorde. L'heure est aux sanguinaires. Les régicides ont coupé la tête à Louis XVI, nous arracherons les quatre membres aux régicides. Oui, le général nécessaire est le général inexorable. Dans l'Anjou et dans le haut Poitou, les chefs font les magnanimes, on patauge dans la générosité, rien ne va. Dans le Marais et dans le pays de Retz, les chefs sont atroces, tout marche. C'est parce que Charette est féroce qu'il tient tête à Parrein. Hyène contre hyène.

Boisberthelot n'eut pas le temps de répondre à La Vieuville. La Vieuville eut la parole brusquement coupée par un cri désespéré, et en même temps on entendit un bruit qui ne ressemblait à aucun des bruits qu'on entend. Ce cri et ces bruits venaient du dedans du navire.

Le capitaine et le lieutenant se précipitèrent vers l'entrepont, mais ne purent y entrer. Tous les canonniers remontaient éperdus.

Une chose effrayante venait d'arriver.

IV. TORMENTUM BELLI

Une des caronades de la batterie, une pièce de vingt-quatre, s'était détachée.

Ceci est le plus redoutable peut-être des évènements de mer. Rien de plus terrible ne peut arriver à un navire de guerre au large et en pleine marche.