Du dehors, le flot battant le navire répondait aux chocs du canon par des coups de mer. On eût dit deux marteaux alternant.
Tout à coup, dans cette espèce de cirque inabordable où bondissait le canon échappé, on vit un homme apparaître, une barre de fer à la main. C'était l'auteur de la catastrophe, le chef de pièce coupable de négligence et cause de l'accident, le maître de la caronade. Avant fait le mal, il voulait le réparer. Il avait empoigné une barre d'anspect d'une main, une drosse à nud coulant de l'autre main, et il avait sauté par le carré dans l'entre-pont.
Alors une chose farouche commença; spectacle titanique; le combat du canon contre le canonnier; la bataille de la matière et de l'intelligence, le duel de la chose contre l'homme.
L'homme s'était posté dans un angle, et, sa barre et sa corde dans ses deux poings, adossé à une porque, affermi sur ses jarrets qui semblaient deux piliers d'acier, livide, calme, tragique, comme enraciné dans le plancher, il attendait.
Il attendait que le canon passât près de lui.
Le canonnier connaissait sa pièce, et il lui semblait qu'elle devait le connaître. Il vivait depuis longtemps avec elle. Que de fois il lui avait fourré la main dans la gueule! C'était son monstre familier. Il se mit à lui parler comme à son chien.—Viens, disait-il. Il l'aimait peut-être.
Il paraissait souhaiter qu'elle vînt à lui.
Mais venir à lui, c'était venir sur lui. Et alors il était perdu. Comment éviter l'écrasement? Là était la question. Tous regardaient, terrifiés. Pas une poitrine ne respirait librement, excepté peut-être celle du vieillard qui était seul dans l'entre-pont avec les deux combattants, témoin sinistre.
Il pouvait lui-même être broyé par la pièce. Il ne bougeait pas.
Sous eux le flot, aveugle, dirigeait le combat.