L'ENFANT ET LA FAUVETTE

Si j'étais toi, ma fauvette,
Toi qui becquettes le pain
Que pour toi répand ma main
Aux abords de ma chambrette;
Si j'étais toi, je prendrais
Mon vol bien loin de la terre:
Adieu! dirais-je à ma mère;
Et j'irais, je monterais
Bien haut, par-dessus les nues;
Je franchirais ces sommets
Où l'homme n'atteint jamais,
Par des routes inconnues
J'irais au fond du ciel bleu,
Plus haut qu'où l'astre étincelle;
Je n'arrêterais mon aile
Qu'après avoir trouvé Dieu.
Mon ami, dit la fauvette,
Pour cela point n'est besoin
D'aller si haut ni si loin:
Cherche Dieu dans ta chambrette!

L. TOURNIER.

L'HIRONDELLE

«Où va ce petit oiseau
Quand il quitte le hameau?
Disait un fils à sa mère.
«Va-t-il en terre étrangère,
Chercher un toit plus béni
Pour y suspendre son nid?
Pourquoi, dans cette saison,
Quitte-t-il notre maison?
—«Mon enfant, reprit la mère,
Regarde vers ces grands bois;
Les feuilles jonchent la terre;
Les oiseaux n'ont plus de voix.
Dans l'air plus de doux murmure,
Plus de chants mélodieux:
C'est le deuil de la nature:
Vois, tout est mort sous les cieux!
Voilà pourquoi l'hirondelle,
Quand tout meurt autour de nous,
Au loin fuit à tire-d'aile,
Pour chercher des cieux plus doux.»
De notre vie, enfant, l'hirondelle est l'image:
Nous sommes ici-bas des oiseaux de passage,
Et quand le long sommeil vient nous fermer les yeux,
Nous prenons notre essor vers le séjour des cieux.

P.-T. GONTARD.

ÉLÉGIE

SUR UNE JEUNE FILLE TOMBÉE A LA MER

Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis; doux alcyons, pleurez!
Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!
Un vaisseau la portait aux bords de Camarine:
Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement
Devaient la reconduire au seuil de son amant.
Une clef vigilante a, pour cette journée,
Sous le cèdre enfermé sa robe d'hyménée,
Et l'or dont au festin ses bras seront parés,
Et pour ses blonds cheveux, les parfums préparés.
Mais seule sur la proue invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans ses voiles
L'enveloppe: étonnée et loin des matelots,
Elle tombe, elle crie, elle est au sein des flots...

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!
Son beau corps a roulé sous la vague marine.
Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,
Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.
Par son ordre bientôt les belles Néréides
S'élèvent au-dessus des demeures humides,
Le poussent au rivage, et dans ce monument
L'ont au cap du Zéphyr déposé mollement;
Et de loin à grands cris appelant leurs compagnes,
Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,
Répétèrent, hélas! autour de son cercueil:
Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée,
Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée.
L'or autour de ton bras n'a point serré de nœuds,
Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux.