Que personne dans ta demeure
N'obscurcisse ses vêtements;
Qu'on accueille ta dernière heure,
Ainsi que tes premiers moments.
Que les fronts y soient sans nuage,
Que rien n'y révèle un tombeau.
Quand on est pur comme à ton âge,
Le dernier jour est le plus beau.
Et secouant ses blanches ailes,
L'ange, à ces mots, prit son essor
Vers les demeures éternelles.
Pauvre mère!... ton fils est mort.
REBOUL.
LA FAUVETTE ET SES PETITS
Aux branches d'un tilleul une jeune fauvette
Avait de ses petits suspendu le berceau.
D'écoliers turbulents une troupe inquiète,
Cherchant quelque plaisir nouveau,
Aperçut en passant le nid de la pauvrette:
Le voir, être tenté, l'assaillir à l'instant,
Chez ce peuple enclin à mal faire
Ce fut l'ouvrage d'un moment.
Tous sans pitié lui déclarent la guerre,
Le pauvre nid vingt fois pensa faire le saut,
Il n'était si petit marmot
Qui ne fît de son mieux pour y lancer sa pierre.
L'alarme cependant était grande au logis,
La fauvette voyait l'instant où ses petits
Allaient périr ou subir l'esclavage.
Un esclavage, hélas! pire que le trépas.
Les gens qu'elle voyait là-bas
Étaient assurément quelque peuple sauvage
Qui ne les épargnerait pas.
Que faire en ce péril extrême?
Mais que ne fait-on pas pour sauver ce qu'on aime?
Elle vole au-devant des coups:
Pour sa famille elle se sacrifie,
Espérant que ces gens, dans leur affreux courroux,
Se contenteront de sa vie.
Aux yeux du peuple scélérat,
Elle va, vient, vole et revole,
S'élève tout à coup, et tout à coup s'abat,
Fait tant qu'enfin cette race frivole
Court après elle et laisse là le nid.
Elle amusa longtemps cette maudite engeance,
Les mena loin, fatigua leur constance,
Et pas un d'eux ne l'atteignit.
L'amour sauva le nid, le ciel sauva la mère,
A ses petits elle en devint plus chère.
Dieu sait la joie et tout ce qu'on lui dit,
A son retour, de touchant et de tendre!
Comme ils avaient passé tout ce temps sans rien prendre,
Elle apaisa leur faim, puis chacun s'endormit.
AUBERT.
ADIEUX A LA VIE
—1780—
J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence,
Il a vu mes pleurs pénitents;
Il guérit mes remords, il m'arme de constance;
Les malheureux sont ses enfants.