J. RACINE.

LE NID

Moins on tient de place, plus on est à couvert:
une feuille suffit au nid de l'oiseau-mouche.
Bernardin de Saint-Pierre.

De ce buisson de fleurs approchons-nous ensemble:
Vois-tu ce nid posé sur la branche qui tremble?
Pour le couvrir, vois-tu les rameaux se ployer?
Les petits sont cachés sous leur couche de mousse;
Ils sont tous endormis!... Oh! viens, ta voix est douce:
Ne crains pas de les effrayer.

De ses ailes encore la mère les recouvre;
Son œil appesanti se referme et s'entr'ouvre,
Et son amour souvent lutte avec le sommeil:
Elle s'endort enfin... Vois comme elle repose!
Elle n'a rien pourtant qu'un nid sous une rose,
Et sa part de notre soleil.

Vois, il n'est point de vide en son étroit asile,
A peine s'il contient sa famille tranquille;
Mais là le jour est pur, là le sommeil est doux,
C'est assez!... Elle n'est ici que passagère;
Chacun de ses petits peut réchauffer son frère,
Et son aile les couvre tous.

Et nous, pourtant, mortels, nous passagers comme elle,
Nous fondons des palais quand la mort nous appelle;
Le présent est flétri par nos vœux d'avenir;
Nous demandons plus d'air, plus de jour, plus d'espace,
Des champs, un toit plus grand!... Ah! faut-il tant de place
Pour aimer un jour... et mourir!

E. SOUVESTRE.

LE MONTAGNARD ÉMIGRÉ