Depuis trois ans je vous conjure
De m'apporter un souvenir
Du vallon où ma vie obscure
Se berçait d'un doux avenir.
Au détour d'une eau qui chemine
A flots purs, sous de frais lilas,
Vous avez vu notre chaumine.
De ce vallon ne me parlez-vous pas?

L'une de vous peut-être est née
Au toit où je reçus le jour;
Là, d'une mère infortunée,
Vous avez dû plaindre l'amour.
Mourante, elle croit à toute heure
Entendre le bruit de mes pas.
Elle écoute et puis elle pleure.
De son amour ne me parlez-vous pas?

Ma sœur est-elle mariée?
Avez-vous vu de nos garçons
La foule aux noces conviée
La célébrer dans leurs chansons?
Et ces compagnons du jeune âge
Qui m'ont suivi dans les combats,
Ont-ils tous revu le village?
De tant d'amis ne me parlez-vous pas?

Sur leurs corps l'étranger peut-être
Du vallon reprend le chemin.
Sous mon chaume il commande en maître,
De ma sœur il trouble l'hymen.
Pour moi, plus de mère qui prie,
Et partout des fers ici-bas!
Hirondelles, de ma patrie,
De ses malheurs ne me parlez-vous pas?

BÉRANGER.

LA PAUVRE FILLE

J'ai fui ce pénible sommeil
Qu'aucun songe heureux n'accompagne;
J'ai devancé sur la montagne
Les premiers rayons du soleil.
S'éveillant avec la nature,
Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs;
Sa mère lui portait la douce nourriture;
Mes yeux se sont baignés de pleurs!

Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère?
Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau
Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau?
Rien ne m'appartient sur la terre;
Je n'ai pas même de berceau;
Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,
Devant l'église du hameau.
Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j'ignore la douceur,
Et les enfants de la vallée
Ne m'appellent jamais leur sœur!

Je ne partage point les jeux de la veillée;
Jamais sous un toit de feuillée
Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir.
Et de loin je vois sa famille,
Autour du sarment qui pétille
Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière
En pleurant j'adresse mes pas,
La seule demeure ici-bas
Où je ne sois pas étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas!
Souvent je contemple la pierre
Où commencèrent mes douleurs:
Je cherche la trace des pleurs
Qu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère!