Monte sur le toit où se tiennent les pilotes. Immole trois cochons, en criant très fort vers la mer:—«Dieux requins, dieux rapides à la queue vive, donnez à ce pahi que je nomme,—ici le nom—donnez à ce pahi vos nageoires promptes: qu'il glisse comme Pohu; qu'il flotte comme Famoa; qu'il boive la mer ainsi que Ruahatu, l'irritable, dont les cheveux sont verts.»
Mais, avant tout, tu as donné toi-même quinze nuits à regarder le firmament. N'y cherche plus aucun présage. Ayant droit dans ta mémoire le nom de l'étoile-guide, épie le grand horizon.
Le guide plongera dans la mer: n'oublie pas l'arbre du rivage,—ou la pointe du récif—auprès duquel il a paru tomber; n'oublie pas la place véritable d'où tu l'as visé avec ton regard, comme avec une flèche.
Le lendemain, reprends ta place et retrouve le même arbre, ou bien le même récif: toute la nuit, d'autres étoiles tomberont, de la même chute, dans le même lieu du ciel: tu as donc, par le firmament qui tourne, un chemin tracé que tu suivras, quand les terres, autour de toi, auront disparu.
C'est là meilleur guide que la petite aiguille folle des étrangers marins: puisque Tupaïa, l'ami de Tuti, emmené dans le grand voyage, put conduire vers ces îles que les Piritané ne savaient pas.
Le dernier jour: un coup d'œil sur le corps onduleux du grand requin bleu mangeur-de-nuages[7]. Suivant sa courbe et son contour, tu connaîtras la marche du vent qui vient.
[7] Voie lactée.
A hoé! Le vent maraámu court sans reprendre haleine pendant des lunaisons de lune entières. Les pahi courent aussi, devant son souffle sans répit.