Si tu veux faire parler un homme, ne le traite pas de menteur. Ainsi Paofaï ne dit point «menteur» à Tumahéké, bien qu'il sache véritablement que le feu, imaginé pour cuire le manger, n'a jamais servi à réchauffer les hommes! Mais il attend avec impatience que l'autre parle au sujet des signes.

Tumahéké vante sa terre:—«Nous avons de très grands Tiki, taillés dans la roche des montagnes. Ils regardent les eaux, toujours, avec des yeux plats et larges, sous un front en colère: la mer a peur et n'ose pas monter trop haut, sur la rive.

»Quant aux signes, on les tatoue, avec une pierre coupante, sur des bois polis et plats qu'on nomme ensuite Bois-intelligents. Lorsque la tablette est incrustée comme une peau de chef, alors l'homme habile y trace son Rua, qui est sa marque à lui-même.

»Et l'on peut, longtemps après, reconnaître un à un les signes,—comme un homme reconnaît ses fétii—par leurs noms. On dit alors: les Bois parlent.

—Ha!» crie Paofaï avec une joie, «j'irai dans ton île! Je vais avec toi! Où est ta pirogue?»

Tumahéké sourit: on n'y va pas en pirogue. Il faut trouver passage sur un gros navire étranger, donner beaucoup au chef, ou bien travailler à bord comme un manant; parfois, l'un et l'autre.

—«N'importe!» Paofaï se lève. Mais Atumosikava l'arrête: au moins, voici le festin d'adieu: un bras de malfaiteur, rôti avec des herbes.

Paofaï refuse: ce n'est point l'usage, dans la terre Tahiti, où il est grand-prêtre. On respecte sa coutume. Il est bon que chaque peuple, même au hasard de ses voyages, garde ses tapu.

Térii trouve désirable de se reposer un peu. Il feint le sommeil; et laisse partir le maître.