VIII
Térii, chassé de la terre Uvéa, erre au hasard, ayant perdu son maître, sur la mer qu'il sait maintenant sans limites.
Il est devenu le matelot dépouillé d'orgueil des kapitana de toutes sortes. Quand le sol lui semble bon, où qu'il atterrisse, et les femmes accueillantes, il se cache dans un fourré, la nuit du départ.
Le kapitana le cherche avec des cris. Le bateau s'en va. Térii laisse fuir les saisons des pluies et revenir les temps des sécheresses. Mais avant d'abandonner chaque terre de passage, il ajoute avec soin, à son faisceau de petites baguettes, une autre de plus; afin de conserver les noms de ces îles où il a dormi et mangé.
Il y a la baguette pour Rapa. C'est une île où le taro, que l'on enterre afin qu'il se conserve, et le poisson cru, sont les seuls aliments de fêtes. Pauvres appétits, pauvres gens.
Térii ne s'y attarde point. Mais il en retient une coutume avantageuse: les hommes sont tapu, même les manants, pour toutes les femmes: qui chassent les poissons, bâtissent les faré et façonnent de belles pirogues.
Il y a la baguette pour Raïvavaè. C'est une terre toute pleine d'énormes images de Tii,—ils disent Tiki—taillées dans la pierre. Ils sont d'une double sorte: Tiki pour les sables et Tiki pour les rochers.
Il y a la baguette, encore, pour ce petit motu sans nom où Térii a rencontré, avec étonnement, quatre hommes de Tahiti et deux femmes, qu'un vent qu'on ne peut nommer avait jetés hors de toutes les routes. Mais cela n'est point croyable.