—Il faut bien, comprends-tu, qu'il y en ait qui restent...

Cette nouvelle parole, si juste, si profonde fut, je puis le dire, le point de départ de ce petit cahier. Il me sembla désolant que cette parole pût être perdue pour la pensée française, et je me sentis toute pleine du besoin généreux de la répandre.

Or, si je cédais à ce plaisir, pourquoi donc l'offrir isolément aux méditations reconnaissantes de mes amis? Puisque le bienheureux hasard d'une rencontre en tramway m'avait fait retrouver mon ami, puisque j'allais désormais profiter de ses leçons, pourquoi eussé-je gardé pour moi toute seule les fleurs qu'il allait me permettre de cueillir en son jardin?

L'idée n'était-elle pas séduisante d'en faire un bouquet pour l'offrir au contraire à mes contemporains?

Les brèves notes qui suivent sont nées de cette idée. Si on daigne les lire, qu'on veuille bien ne les prendre que pour ce qu'elles sont: tout le monde ne peut pas être Eckermann s'entretenant avec Gœthe, ni Marrès lui-même avec Renan ou le général Boulanger.

Qu'on néglige donc ce qui est de moi pour ne s'arrêter qu'à ce qui est de Lui.


CHAPITRE III

AFIN QUE SOIT LIQUIDÉE UNE FOIS POUR TOUTES LA QUESTION DE LA «RACINE»