—Aux heures tragiques que nous vivons, me disais-je, il n'y a que deux attitudes possibles: se battre—ou admirer! Mais qui donc accepterait de sembler admettre à son profit une définition de ce genre: «La guerre, c'est la mort des autres.»?
Bien vite pourtant je m'étais rendu compte de ma sottise. Et gagnée tout entière à sa philosophie qu'avant même de l'avoir comprise et malgré l'apparence je sentais bien être une philosophie de sacrifice, j'étais heureuse de lui fournir occasion d'en disserter avec cet abandon généreux qu'il me témoigna toujours et dont je suis si légitimement fière.
Avec prévenance, je provoquais ses réponses énergiques et péremptoires, et le spectacle du merveilleux parterre intellectuel aux allées rectilignes, bordées des fleurs précieuses de son esprit, effaçait peu à peu dans mon cœur le souvenir charmant et endolori de mon pauvre jardinet d'Aigues-Mortes...
Croyant aller au-devant d'une réponse qu'il désirait me faire, je posai un matin à mon Maître une question:
—Étiez-vous, lui demandai-je, étiez-vous de ceux qui, aux heures troubles où von Kluck menaça Paris, délaissèrent la capitale et s'enfuirent à Bordeaux?
—De ceux, répéta-t-il en corrigeant légèrement un des termes que je venais d'employer, de ceux qui s'en furent à Bordeaux?... Non, je n'en étais pas...
—Ah!... c'est bien, cela! C'est très bien... J'en étais sûre....
—Je n'en étais pas parce que... j'étais parti avant eux...
Je dus montrer à Maurice une mine fort désappointée, car aussitôt il me prit le menton: