Aussi bien, par les paroles qui en furent l'occasion et par les événements qui la suivirent, a-t-elle pour moi un caractère presque symbolique.
Nous étions au 5 juillet.
J'ai remarqué que ce mois me fut toujours propice: c'est en juillet que j'avais fait la connaissance de Marrès, alors que je n'étais encore qu'une gosse, et en juillet encore que je l'avais revu à Aigues-Mortes plusieurs années après. Il me semblait ainsi qu'en juillet rien ne pouvait plus m'arriver que d'heureux.
—J'ai gardé le culte du mois, aimais-je à lui redire... du mois que je vous ai connu...
Il trouvait la phrase amusante et il souriait en ramenant en arrière d'un geste familier la belle mèche noire qu'il avait habituée à tomber sur son front.
Donc, cet après-midi de juillet, vers cinq heures, je me trouvais dans le tramway Vincennes-Louvre. J'avais été à Saint-Mandé porter quelque secours à une pauvre femme, mère de sept enfants et dont le mari gagnait quatre francs par jour dans je ne sais quelle usine. Il faisait très chaud et l'air était lourd. Je me souviens que je lisais dans l'Écho de Bordeaux un article admirable de Frédéric Basson sur les cure-dents de Napoléon et sur le Beauharnais, frère de Joséphine.
Après avoir reçu mes six sous, le conducteur avait passé au voyageur qui était assis en face de moi, mais un peu sur la droite. Puis, s'adressant au voisin de celui-ci, il avait demandé:
—Jusqu'où, monsieur?
Alors une voix un peu lasse, mais énergique, répondit: