— Oh ceux-là, fit le géant, en dévorant à belles dents son jambon et en se versant rasade sur rasade, ceux-là, j’espère qu’on les fusillera, ce ne sont pas des hommes ça, ce sont des bêtes féroces, oh ! ces turcos… si j’en tenais un… Et le gigantesque riz-pain-sel se mit à déblatérer comme il avait l’habitude de le faire contre les enfants du désert.
Tout à coup, au milieu de sa tirade, il se leva en manifestant des signes de terreur… « Un turco !… En voici un… Voyez, un turco ! »
Et du doigt il désignait la porte dans l’encadrement de laquelle se dressait un grand gaillard enveloppé d’un burnous blanc et coiffé d’un turban. En grinçant des dents, le noir aiguisait l’un contre l’autre deux énormes couteaux de cuisine.
Les consommateurs se regardaient d’un air effrayé, quelques officiers avaient déjà tiré leur sabre et attendaient. M. Joung s’était caché sous la table. Mais soudain cette grande peur fit place à une hilarité générale. On avait reconnu la trogne illuminée d’un des frères Gark qui, agacé d’entendre toujours l’intendant déblatérer sur le compte des auxiliaires africains de l’armée française, s’était déguisé en Arabe pour communiquer une salutaire terreur à cet ennemi juré des « turcos ».
On rit beaucoup de cette mascarade, notamment les journalistes qui poursuivirent le malheureux intendant de leurs railleries.
Les rires ébranlaient encore le plafond de la petite salle, lorsqu’un officier de police entra pour remettre à M. Lévyson, assis à la table des correspondants, la lettre à lui adressée par le malheureux Hoff dont on venait de relever le cadavre.
Quand on informa M. de Bismarck de cette mort, il dit :
— C’est vraiment dommage… mais Hoff était fou !… Que ne s’est-il adressé à moi ? Je lui aurais épargné la peine de se tuer.
XI
Le Moniteur de Seine-et-Oise. — Le cabinet de lecture de Mme Le Dur. — Galanterie du frère du roi de Prusse. — Une repartie un peu vive de Mme Le Dur. — Un colporteur de journaux d’Eure-et-Loir. — Mme Le Dur est dénoncée à Stieber. — Le comte de W… — Un attaché militaire allemand sauve un franc-tireur.