«Je sais que vous êtes un larron d'honneur, voilà pourquoi je ne vous mettrai pas en état de séduire, par vos propos éhontés, une jeune fille pour qui un seul de vos regards est une souillure._
«GOSSELET.»
Plus bas, d'une autre écriture:
«P.-S.—Ma femme fait de longues phrases bien inutiles. On vous chasse parce qu'on vous chasse. Moi je vous écris que jamais, tant que je vivrai, vous n'aurez ma fille. L'argent, mon cher monsieur, ne se trouve pas dans le pas d'une mule.»
—Montrez-moi l'écriture, fit Simone. Oui! les phrases de roman sont de
ma mère. Et pauvre père aurait bien pu ne pas ajouter ce post-scriptum.
Vous me donnez cette lettre, n'est-ce pas? André l'offrira à bon papa
Gosselet le jour de notre mariage.
—La lecture achevée, il me dit: «Que faire, maintenant?» Je ne trouvais rien pour le consoler. Il me prit le bras et nous longeâmes les quais sous les marronniers tout jolis de feuilles neuves. Tout en marchant, je cherchai quelque chose, je ne savais quoi, pour le tirer de peine. Une idée me vint. Le fiacre qui devait vous emmener n'avait pas attendu jusqu'à sept heures, ainsi que l'avait ordonné M. Bamberg. D'autre part, M. Bamberg n'avait pas reçu de vous le plus petit billet d'explications, ce qui laissait supposer que vous n'étiez point libre d'agir. Je pensai tout haut:
—M. Gosselet a peut-être enlevé Mlle Simone.
Il s'arrêta brusquement, me serra le bras.
—C'est ça. C'est ça. Il aura pris place dans la voiture avant l'arrivée de Simone et l'aura conduite en quelque maison de retraite… Moi qui accusais Simone de lâcheté. Oh! ma petite l'Embaumée, que je vous embrasse!
Il m'embrassa de si bon coeur que cela fit rire deux rien-du-tout en cheveux qui passaient.