—Pas de travail ici, croyez que je regrette! Mais avec votre beauté et aussi votre éducation, mademoiselle, permettez-moi de vous dire que vous avez fait choix d'une singulière profession… Couturière! Voilà qui est incroyable. Votre miroir est donc bien faux qu'il ne vous donne pas de meilleurs conseils. Vous voulez devenir bossue, hein?

—Oui, monsieur, j'y tiens, dit Simone, railleuse.

—Du travail! Du travail! Comment diable pouvez-vous tant aimer le travail? Je ne vous conseille pas de lancer votre jolie petite capote par-dessus les ailes du Moulin-Rouge, mais, tenez…

—Puisque vous n'avez pas besoin d'une ouvrière, interrompit Simone en se levant.

Il se leva aussi et les mains tendues, conciliatrices:

—Voyons! ne soyez donc pas si nerveuse, mon enfant! J'ai votre affaire. Un peintre de mes amis m'a chargé de lui dénicher un modèle,—il vient tant de jolies filles, ici,—pour un tableau de rêve, un tableau d'apparition. Vous lui poserez les mains, puis la tête. Le reste viendra peu à peu, par habitude. Métier honnête, très honnête…

La gorge serrée, les paupières lourdes, Simone se dirigea vers la porte, tourna le bouton brusquement, ramassa ses jupes dans sa main gantée collant, et traversa le hall en un claquement rythmé de ses bottines sur le grès.

Le monsieur blond suivait, ne comprenant rien à sa défaite. Et les commis, derrière les comptoirs, ricanaient, vengés des airs vainqueurs qu'il arborait à la fin de ses entrevues avec les petites femmes complaisantes.

—Eh bien? dit l'Embaumée.

—Il m'a proposé d'aller poser chez des peintres!… Allons-nous-en, vite, vite. J'ai du dégoût dans la gorge. J'ai hâte d'être seule, délivrée de tous ces yeux qui regardent.