Il s'assit derrière une petite table, feuilleta un grand livre, lut:

«Grottmann, rue de la Banque;

Vériton, rue Poissonnière;

Patard, rue du Cherche-Midi;

Chanoin, rue Montmartre.

Il ajouta: «Je vais vous donner copie des adresses de ces maisons et vous pourrez vous y présenter de ma part. Je n'exige aucune commission. Je traite de gré à gré avec les patrons. Vous, mademoiselle, dit-il à Simone—après l'avoir considérée par-dessus ses lunettes—vous êtes un 49. Très estimés les 49! Quant à votre amie, il est inutile qu'elle se présente, je crois.

—Il s'agit bien de maisons de couture? interrogea Simone.

—Oui, mon enfant, de maisons de vente pour l'exportation qui demandent des mannequins. Ils ne sont pas nombreux, les beaux mannequins. Vous, mademoiselle, vous êtes un superbe mannequin; le plus beau mannequin… Ne vous offensez pas, mademoiselle, de mes appréciations, je parle en professionnel, en professionnel seulement.

—Mais, monsieur, dit Simone, je suis couturière et non… mannequin, comme vous dites.

Sachez, mon enfant, qu'il faut être excellente couturière pour faire un bon mannequin. Il faut savoir donner du chic à la marchandise qu'on endosse. Voici en quoi consistera votre travail quotidien: lorsque les commissionnaires se présenteront à votre comptoir, accompagnés du patron ou de la patronne de la maison, vous devrez étaler les costumes-types, en faire miroiter les teintes, en glorifier la façon parisienne, exquise, de haut goût, de haute mode. Puis, quand l'acheteur sera déjà séduit par vos petits gestes en rond, vous revêtirez le costume pour enlever le marché. Une jolie fille donne cent pour cent de valeur à un corsage médiocre. La maison vous fournira du linge dont vous n'aurez pas à rougir devant ces messieurs. Vous pourrez montrer vos épaules émergeant des dentelles de votre chemisette comme d'une fraîche corolle. C'est gentil ça, hein!