—Je vous dis bien, mon cher, la gymnastique!
—Et aussi la couture, la cuisine, le prix des légumes au marché. Sortant du lycée, elles ne savent guère de piano, il est vrai, mais cela vous fait de gentilles petites ménagères débrouillardes qui s'intéressent aux occupations de leur mari… et qui l'aiment.
—Vraiment, mon cher, l'éducation laïque vous conduisant tout droit à l'amour du monsieur que l'on vous impose parfois!
—Voyons, ma toute bonne. Vous êtes d'un agressif à laisser croire que l'on ne distribuait pas de prix de douceur dans votre couvent.
—Votre fille peut tout entendre, monsieur Gosselet. C'est une fille à la laïque. Si je dis: «votre fille», c'est que Simone est ce que vous l'avez faite. Je l'aime moi aussi, mais comme je la vois, toute petite, avec une natte dans le dos et vouée à Marie.
—N'ai-je pas acquis, ma toute bonne, le droit de lui donner telle éducation qui me semble préférable?
—Certainement!
Simone continuait à feuilleter son Anatomie, nullement émue d'une discussion devenue si fréquente qu'elle figurait au menu de tous les repas, comme les parlottes sur la pluie et le beau temps.
—Quand on n'est pas une rêveuse, continua M. Gosselet, en fixant ses petits yeux gris sur le visage de sa femme, quand on sait, un peu de la vie, on ne bâtit pas de châteaux en Espagne, on ne se dérobe pas devant les devoirs de la vie de famille, on ne cherche pas le bonheur à côté.
Mme Gosselet leva la tête, surprise, mais non intimidée.