—Quel est votre prénom, mademoiselle?
—Simone.
—Simone! Oh! impossible! impossible!
—Mais, madame.
—Nous avons déjà deux Simone ici! Deux c'est beaucoup… trois ce serait trop! On ne s'y reconnaît plus, ma parole! Vous vous appellerez…
La main posée à plat sur le front, Mme Mily chercha dans ses souvenirs littéraires le nom de quelque héroïne particulièrement aimée. Elle essaya des prénoms à voix basse: «Amanda… Yolande… Gertrude…»
Simone qui, d'abord, avait cru à une plaisanterie, attendait, angoissée, la décision de la vieille Anglaise, rougissant sous tous les regards fixés sur elle. Brusquement, Mme Mily dit, s'applaudissant en une sonnaille de ses bagues heurtées:
—On vous nommera Magdeleine… avec un g.
Simone détourna la tête pour dissimuler les larmes qui allaient tomber de ses paupières alourdies. Ce voyant, Léonie la caressa d'un regard très doux de ses yeux teintés gris, et chuchota:
—Soyez courageuse, mademoiselle. Nos camarades se moquent si facilement. Cette vieille folle de Mme Mily a la manie de baptiser presque toutes ses ouvrières. Vous resterez Simone, pour moi et aussi pour d'autres qui ont bon cœur.