«Je veux vous convertir à mon mari, bon papa.

«Toute petite fille, j'étais fière de vous quand, en Auvergne, les rémouleurs vous tiraient leur chapeau sur les grand'routes, fière de vous, aussi, quand les cabaretières vous rappelaient vos débuts si humbles.

«Aujourd'hui, je suis fière de mon fiancé, et je crois en lui.

«Ma lettre est longue, longue. Je n'ai pas causé avec vous depuis des mois, presque un an, et je rattrape un peu du temps perdu… Vous souvenez-vous de nos discussions dans la salle à manger? Nous étions toujours du même avis, bon papa, en tout et sur tout. Nous avions formé une petite ligue contre maman qui professait des théories correctes, implacables de sens commun. Ses phrases sur l'organisation de la société nous prenaient au collet comme des gendarmes. Nous avions un peu l'air de deux coupables.

«Je ripostais à mi-voix et vous partiez en guerre, et vous renversiez tout. Il est vrai que vous sembliez un peu confus, que vous aviez le triomphe modeste, après.

«Dites à maman que je l'aime bien.

«Elle me reprochait avec raison d'être irrévérencieuse. Malgré les apparences, j'ai toujours professé un grand respect pour ma mère.

«Bon papa, je compte sur toute l'affection que vous m'avez autrefois prodiguée pour que vous excusiez ce que vous croyez être «ma faute». Dites-vous bien que Monette était trop raisonnable et trop honnête, pour obéir, en vous quittant, à un entraînement des sens. Vous m'avez si douloureusement humiliée avant mon entrée au couvent que je suis réduite à tout dire. Oh! les vilains mots dont vous m'avez accablée, père!

«Votre Simonette, qui vous a écrit une lettre tout émue, et qui ne voulait que dissiper votre inquiétude en donnant son adresse!

«Votre Simonette, qui vous embrasse, père, et de si loin que vous ne pouvez lui refuser votre joue.