Fuyant la vue du Bardo astronomique, les amants descendaient au bord du lac sillonné de cygnes et d'oies blanches frisées flottant sur l'eau comme d'énormes bouffettes de rubans, puis ils longeaient un sentier qui grimpe dans le vert sombre d'une sapinière.

Au sommet d'un monticule, ils s'arrêtaient devant une gorge, hérissée de pins, sauvage, peuplée de merles courant sur les aiguillettes tombées, à l'allure trottinante d'un mulot qui regagne son trou. Au fond de la tranchée, les rails du chemin de fer de ceinture s'étiraient en des circonvolutions lumineuses. Derrière un pont noirci par les locomotives, luisait un cottage anglais, blanc et brique, dans l'encadrement verni des bois de charpente sculptés supportant l'accent circonflexe de son toit.

Un parapet de roches longeait le précipice, un parapet de roches lustrées par le fond de culotte des visiteurs qui avaient fait halte devant ce trou de verdure.

A un coup de sifflet inattendu, la gorge étroite roulait des flocons de fumée qui s'accrochait en écharpes trouées aux aiguilles des sapins. Un train passait sous leurs pieds, grondant.

Simone avait surnommé l'asile des merles ce coin de Paris sauvage sis à l'intersection de deux lignes de chemin de fer.

Les dimanches cependant, le parc Montsouris est tout aussi inhospitalier aux amoureux que le Jardin des Plantes ou le Luxembourg. Toute la population ouvrière de la Glacière et de Montrouge y vient entendre les polkas qu'exécute une musique militaire. Essoufflés par plusieurs kilomètres de marche,hommes et femmes se couchent sur le gazon pendant que les bébés se roulent en bordure des allées. Ces braves gens, mis au vert, par faveur exceptionnelle (le parc de Montsouris est le seul jardin où le Parisien puisse rêver, le nez dans l'herbe) peuvent se croire chez eux. Les gardiens montrent une bonhomie souriante de propriétaire heureux d'avoir réuni tant d'invités.

Il ne vient pas là de toilettes tapageuses. Les officiers du bastion voisin ne s'y montrent qu'en la compagnie de jeunes veuves jalousées, roses d'émotion sous leur voile de deuil un peu écarté.

Un million de Parisiens ignorent le parc Montsouris.

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Deux jours après avoir envoyé sa lettre,—un mardi, Simone rentrant avec André de sa petite promenade habituelle dans leur parc, trouva sous la porte ce billet de Mme Gosselet, que la concierge avait glissé en montant éteindre le gaz: