—Ah! si tu avais voulu… si tu avais voulu redevenir ma bonne petite
Monette!
—Inutile, père, je vous ai dit que je l'aimais.
—Me voilà bien puni de ma faiblesse. Et cela ne te cause pas de chagrin de me voir regagner l'usine, seul, tout seul? Ta mère!… que va dire ta mère? Embrasse-moi, au moins… Embrasse-moi…
Comme il tendait les bras, elle s'approcha, indifférente:
—Si vous voulez, père.
—Ce qui me désole, vois-tu, c'est que tu vas souffrir par moi, moi qui voudrais te voir heureuse. Qu'est-ce que je te demande, en somme! De ne pas épouser un jeune homme sans le sou. Cela n'est pas bien difficile! Plus tard tu me maudirais d'avoir cédé! Laisse-moi croire que tu l'oublieras, je saurai si bien te garder de lui. Je te ferai une bonne petite existence qui aidera à ta guérison. Dis-moi ce que tu désires… Veux-tu épouser le Russe, un jeune homme très bien, oui, très bien.
—Celui qui a une tante au Caucase, non, mon père! Je vous aime beaucoup, mais si vous pouviez abréger ces adieux… qui nous sont désagréables, n'est-ce pas?
—Comment, je t'ennuie! Je suis un vieux radoteur!
—Je ne dis pas cela.
—Je te laisse, mais embrasse-moi… Encore!… Tu réfléchiras… Tu m'écriras… Je viendrai du reste te voir tous les deux jours, tous les jours, si je peux… Je ne suis pas un père barbare… Je te mets simplement ici pour que tu réfléchisses, pour que tu fasses une petite retraite, pour que tu apprennes à obéir et pour que tu sois protégée contre toi-même.