Sœur Marie-Thérèse quittait, à son tour, la chapelle, moins recueillie que ses chères filles à en croire l'aller de ses grands yeux sur les choses qui l'entouraient.

Elle semblait heureuse du renouveau, pensait, sans doute, que les saints de marbre auraient, le printemps venu, leurs socles toujours fleuris, et que les étoiles blanc-rosées des espaliers se changeraient en fruits savoureux qui ne coûteraient rien à l'économat.

Elle fit signe aux deux amies d'un geste ample de ses grandes manches:

—Eh bien, ma chère fille, cela ne ressemble pas trop à une prison. Vous verrez, nous vous gâterons. Venez que je vous montre nos fleurs avant de vous présenter à la communauté.

Tout en cheminant, elle admira Dieu devant les corbeilles de fleurs, se signa près des quinconces où des Ecce homo s'élevaient en des retraites de verdure, gronda maternellement Paule de P… qui déchirait entre ses ongles le calice d'une fleur de pêcher, puis gagna, suivie de Simone et de Paule, l'atelier où ses filles travaillaient à enrichir de quelques linges rares, de quelques tissus fins, le trousseau de Jésus.

Simone, un peu émue, s'assit à côté d'une vieille Visitandine, la sœur robière, qui donnait de grands coups de ciseaux dans une pièce de drap.

Les sœurs lui firent un accueil blanc des lèvres, puis reprirent leur couture ou leur broderie, écoutant la lecture de sœur Jeanne-Adèle.

* * * * *

Sœur Jeanne-Adèle lisait:

«Madelaine Rémuzat éprouva, jeune encore, la mystérieuse souffrance de l'amour. Le Seigneur, en lui révélant ses charmes, excitait ses désirs de l'aimer davantage; mais comblée de faveurs célestes et aspirant à y répondre, que peut-elle offrir à un Dieu qui se rend prodigue de lui-même? Question complexe, insoluble! Elle jeta la sainte enfant dans le supplice douloureux que nous ne pourrions mieux expliquer que par les paroles de l'aimable docteur à son Théotime: «Ce n'était pas le désir d'une chose absente qui blessait son cœur, car elle sentait que son Dieu lui était présent. Il l'avait déjà menée dans son cellier à vin; il avait arboré sur son cœur l'étendard de l'amour. Mais quoique déjà il la vît toute sienne, il la pressait et décochait de temps en temps mille et mille traits de son amour, lui montrant, par de nouveaux moyens, combien il était plus aimable qu'il n'était aimé. Et elle, qui n'avait pas tant de force pour l'aimer, que d'amour pour s'efforcer, voyant ses efforts si imbéciles en comparaison du désir qu'elle avait pour aimer dignement Celui que nulle force ne peut assez aimer, hélas! elle se sentait outrée d'un tourment incomparable.» Et de plus, elle était accablée par le poids de son impuissance, plus vivement aussi se sentait-elle sollicitée, poursuivie par les exigences amoureuses de son Maître adoré. Que lui demande-t-il donc? Elle ne sait pas[1]…»