—Rougissez pour moi, ma chère Paule, rougissez à votre aise. Je suis bien certaine de quitter cette jolie cage à linottes.
Et ce disant, Simone prit place sur un banc de granit à côté de cette pauvre petite Paule de P… embastillée pour illicite amour offert à son professeur de piano.
Paule, élevée au Sacré-Cœur, aimait le babillage raisonneur de la «petite laïque». Elle prenait courage, s'enhardissait au contact de cette amie oseuse qui l'effrayait par la non-hypocrisie de son allure et ses pensers proclamés tout haut en ce milieu de chuchotements étouffés sous les béguins.
Assises robe à robe, les mains tournant les feuillets des livres qu'elles ne lisaient pas, elles amusaient leurs yeux de l'aller des robes monacales sur le sable blond, par ce matin d'avril.
Dans la petite cour proprette, sous les marronniers déjà feuillus, les bonnes sœurs s'abordaient avec des petites mines très dignes, se faisaient des révérences mi-cérémonieuses, parlant des lèvres seulement, les dents blanches montrées en des rires qui ne sonnaient pas.
Simone singeait leur bonjour matinal, pépiant à chaque rencontre de deux nonnettes sous les marronniers:
«—Je salue Votre Douceur!»
«—Votre Charité a bien dormi?»
«—Comment va Votre Humilité?»
«—Bien? je remercie Votre Chasteté.»