Sœur Agnès joua de bonne foi son rôle de racoleuse. Elle avait l'âme trop pleine de Dieu pour songer aux petits bénéfices que procure une grande piété habilement exploitée. Elle s'étonna d'abord du vide qui se fit brusquement dans le parloir, puis redoubla de ferveur pensant que Dieu ne l'avait pas jugée digne de ramener à lui les pauvres brebis égarées, les pauvres brebis à tête si légère, paissant n'importe quelle herbe, au gré des pasteurs et aussi au hasard des pâturages.

Adèle de G…, sa sœur, mariée depuis peu, venait lui confier les joies et les tristesses de son ménage d'amoureux. Elle écoutait les confidences avec un bon sourire indulgent de vieille grand'mère qui se souvient.

Cette pauvre amoureuse qui n'avait pas su garder son fiancé donnait à la jeune femme des conseils qui devaient retenir le mari au logis. Elle dit un jour, franchement:

—Ma chère Adèle, il te faudrait un enfant.

Et devenue rouge, la petite mariée:

—Tu as raison, j'en parlerai à…

—Oui, nous le demanderons à Dieu, interrompit sœur Agnès.

Les menottes roses qui devaient retenir par les pans de son habit le père toujours sollicité par les distractions du cercle restaient dans les limbes…

C'étaient à chaque visite de longs interrogatoires mimés où elles s'apitoyaient en gestes vagues. Elle, la petite mariée, en avait parlé à…

Sœur Agnès en avait touché mot à Jésus.